Étude de cas sur un projet d’ingénierie pédagogique : la Coopérative Funéraire de Rennes

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Visuel extrait de la formation Agir en équipe face à la mort 2022

Dans cette étude de cas, nous remontons le temps jusqu’en 2021 pour un projet où je suis intervenue pour confirmer le besoin de formation et le calibrer à sa juste valeur pour pouvoir ensuite proposer une formation expérimentale. À cette période Maïwenn me contacte.

Quel est le contexte du projet ?

Maïwenn est membre du collectif qui a fondé la Coopérative Funéraire de Rennes. Elle fait partie du collectif qui l’administre bénévolement. Côté professionnel, elle travaille en tant que consultante, dans le champ de la formation.

À l’époque la Coopérative Funéraire de Rennes se pose pas mal de questions sur la formation dans le champ du funéraire. Il y a un constat qui travaille l’équipe comme les personnes administratrices : dans les formations de conseillers funéraires, l’accent est mis sur les compétences commerciales plus que sur les compétences d’accompagnement. Cela produit des conseillers et conseillères funéraires qui savent très bien vendre, des cercueils comme des monuments. Mais qui savent bien moins accompagner les familles endeuillées, en leur permettant de faire des choix éclairés dans l’organisation des funérailles.

La posture développée par les conseillers et conseillères funéraires de la Coopérative est beaucoup plus centrée sur l’accompagnement justement. Parce que quand quelqu’un meurt, la dernière chose qu’on a envie de faire c’est de rentrer dans un magasin. Ce qui compte à ce moment-là c’est l’accueil et l’accompagnement apportés par l’équipe des pompes funèbres. Le problème, c’est qu’il n’existe pas de formation à l’accompagnement lors de l’organisation des funérailles. Et la Coopérative a envie de montrer que l’on peut pratiquer le métier de conseiller funéraire autrement. Ce souhait donne envie de former à son tour des conseillers et conseillères funéraires. Mais pour pouvoir se lancer là-dedans, il y a tout un chemin…

L’équipe fait le choix de tout d’abord documenter ce qui existe. Ça vaut sans doute le coup de regarder vraiment de quoi sont faites les formations qui existent. Et puis peut-être qu’il serait possible d’expérimenter un premier pas de côté ? La Coopérative Funéraire signe un contrat de prestation avec Maïwenn : ainsi celle-ci met ses compétences professionnelles au service du montage d’une étude action. Elle calibre cette étude en partenariat avec d’autres acteurs du territoire et les financeurs de l’étude. Citons en particulier le Département d’Ille et Vilaine et Askoria, organisme de formation dédié au travail social.

Ainsi l’étude vise à :

  • identifier l’existant en termes de formation aux questions funéraires
  • expérimenter une formation sur le funéraire dédiée à des métiers dits péri mortem, plus précisément des personnes salariées d’EHPAD.

Quel est le projet ?

Le Département d’Ille et Vilaine tient à ce que l’expérimentation soit fait à destination des professionnel·les d’EHPAD. Car souvenez-vous : en 2021, les confinements et autres couvre feux sont encore d’actualité. Au fil de la crise COVID 19, ce sont des métiers qui ont particulièrement été meurtris par des vagues de décès. Plus que d’habitude.

Car ces métiers sont de toute manière fait de cela : côtoyer des personnes dont on sait à coup sûr qu’elles mourront lors de leur temps de résidence dans l’établissement. Et donc avoir à gérer des décès et tout ce que ça implique. C’est le principe des métiers dits péri mortem. Et pourtant ! Dans leur formation initiale, il n’y a rien sur la mort. Il y a plein de choses sur la fin de vie. Parfois un peu sur l’accompagnement au deuil. Mais rien sur ce qu’il se passe quand quelqu’un meurt. Du tout.

C’est l’un des constats auquel parvient Maïwenn au terme de la partie étude du projet. Et il faut alors travailler à une expérimentation : proposer une formation qui réponde à cette carence de formation pour des personnes professionnelles en EHPAD.

Elle a en particulier à cœur de donner des éléments tangibles en termes d’études de besoin aux partenaires financiers. Car il faut d’abord confirmer le besoin et le calibrer à sa juste valeur pour pouvoir ensuite proposer une formation. Et pour ça, elle va avoir besoin d’aide, parce que ce n’est pas sa spécialité.

Comment suis-je intervenue pour ce projet ?

C’est pour cela que Maïwenn fait appel à moi. Nous nous connaissons déjà, nous nous sommes déjà attelées à des sujets de formation ensemble. Ce qu’elle connaît de mes méthodes et de mes capacités de structuration jouent en ma faveur !

Elle me contacte donc pour que je réalise l’étude de besoins auprès de personnes professionnelles en EHPAD et qu’en conséquence, j’imagine la formation la plus adaptée possible, sur un format hybride.

J’ai tout d’abord imaginé un questionnaire qualitatif que Maïwenn a complété par des entretiens de terrain. J’ai analysé la matière ainsi recueillie. J’en ai fait émerger des difficultés à résoudre, des curiosités comme autant de besoin de comprendre, des pratiques incertaines ou inexistantes : parfait pour déterminer des besoins de formation. De tout cela j’ai pu formuler des intentions pédagogiques puis des objectifs d’apprentissage. Je détaille tout ce processus dans cet article très complet.

J’ai ensuite scénarisé l’ensemble de la formation et je détaille tout ce processus dans cet article-ci. Ce travail s’est poursuivi par la réalisation du module d’e-learning qui faisait partie de la formation expérimentale. Du tournage des capsules vidéo à l’intégration sur une plateforme. J’ai travaillé alors en partenariat avec la graphiste de la Coopérative Funéraire.

J’ai également contribué à tous les temps de présentation des travaux en cours :

  • la présentation du recueil des besoins aux financeurs de l’étude
  • la présentation de la formation aux EHPAD pour générer les inscriptions à l’expérimentation
  • la présentation du bilan de l’expérimentation et plus largement de l’étude action aux partenaires.

Quels ont été les résultats du projet ?

Tout ce processus a pris du temps et Maïwenn s’est trouvée un temps dans l’expectative : « à quoi ça va ressembler ? ».

Lorsqu’elle a pris connaissance de l’analyse des besoins, elle a constaté que j’avais le sujet bien en main : « ça gère ! ». Sa confiance quant à la réussite du projet de formation expérimentale a augmenté.

Lorsqu’elle a présenté ces résultats aux partenaires de l’étude-action, en particulier auprès des directrices d’EHPAD, elle a vu leur regard s’allumer un peu plus. « C’est exactement ça ! » : enfin la verbalisation d’un besoin reconnu par tous et toutes, sur un sujet extrêmement complexe ! Elle-même n’avait pas encore perçu l’inconfort, le malaise vécu par les personnes salariées face aux décès. Or ce malaise se répercutait sur les familles.

C’est ainsi que lorsque la formation expérimentale a été présentée auprès de ces directrices, les inscriptions ont été immédiates ! Les douze places disponibles ont été prises d’assaut ! Nous avions affiné notre connaissance du besoin de formation et ce que nous proposions alors tombait juste par rapport aux réalités de terrain.

Maïwenn s’est alors dit qu’il y avait un contraste frappant entre le statut d’une entreprise de pompes funèbres qui entraine habituellement de la défiance pour les partenaires et l’adéquation entre le besoin décrit si finement aux partenaires qui générait pour nous de la confiance.

La formation expérimentale a donc bien eu lieu. Maïwenn en dit qu’elle a rarement eu la sensation d’animer une formation aussi percutante ! Elle en garde une grande satisfaction et de la fierté car le produit final répondait pour elle en tous points aux besoins et aux spécificités du public.

À plus long terme, le déroulé pédagogique de cette expérimentation reste la source des suivants pour le déploiement de cette formation à un plus large public (mais ça c’est une histoire qui s’écrit encore !).

Conclusion de cette étude de cas

Maïwenn a retenu plusieurs choses de notre collaboration. Elle nomme la structuration de mes méthodes, la clarté de mes explications. Les propositions de modalités pédagogiques pour le déroulé pédagogique étaient étayées, la formation était cohérente et harmonieuse. L’ensemble a donné un parcours de formation fluide pour les personnes qui y ont participé, source de plein d’apprentissages.

Les mots de Maïwenn :

Ce qui m’a semblé structurant en amont l’a effectivement été en formation. La méthode d’ingénierie pédagogique a permis de créer une formation structurante et très riche pour les personnes présentes. Claire m’a fourni un cadre d’intervention précis, connecté à des objectifs de formation pertinents, qui ont été atteints. D’où un sentiment de promesse tenue vis-à-vis des personnes qui y ont participé.