Les capacités d’auto formation : un essentiel à ne pas négliger !

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C’est souvent un angle mort dans les analyses des publics cibles des actions de formation. Ce n’est pas une question qui est posée en positionnement, en amont d’une formation. Pourtant sans elles, un parcours de formation hybride, tel que je le décris dans cet article, a peu de chance d’aboutir à un succès. Par succès, j’entends l’atteinte des objectifs d’apprentissage. Quelles sont-elles ? Les capacités d’auto formation ! Je vous propose un article en trois points pour mieux les comprendre et les activer.

Qu’est-ce que les capacités d’auto formation ?

Les capacités d’auto formation sont un mélange de motivation intrinsèque, de discipline et de régulation de ses propres apprentissages. Je détaille.

La motivation intrinsèque c’est ce moteur, personnel, intime, qui permet de se fixer un but. Plutôt que de se fier à ce que décide l’environnement, du type « il faut que tu saches mener une analyse statistique », c’est se tenir à son propre besoin d’apprentissage. Par exemple : « dans ce que je réalise aujourd’hui, les indicateurs qualitatifs ont plus de sens que les quantitatifs, j’ai besoin d’apprendre comment formuler des indicateurs qualitatifs pertinents. » La personne en formation est alors motivée par ce qui a du sens pour elle-même : elle se fixe un but et va pouvoir mettre en œuvre un certain nombre d’actions pour l’atteindre.

Pour réaliser ces actions, il va falloir une certaine dose d’engagements concrets et donc de discipline. Je poursuis sur l’exemple donné, qui pourrait se situer à l’université, à l’étape de travaux de recherche pour les étudiantes et étudiants. Si la majeure partie des éléments méthodologiques fournis sont centrés sur les statistiques et les indicateurs quantitatif, la personne qui vise une étude qualitative va devoir trouver par elle-même la méthodologie propre à ce type d’étude. Elle peut y passer quelques heures supplémentaires à la bibliothèque universitaire. Peut-être ira-t-elle aussi interroger des enseignantes et enseignants ou ses pairs d’une autre filière. Voilà quelques actions qui demandent une organisation temporelle, matérielle, supplémentaire à la formation imaginée pour tout le groupe.

Mettons que les difficultés rencontrées par cette personne soient plus importantes qu’imaginé au départ. Parce qu’elle ne comprend pas certaines notions. Ou bien qu’elle ne parvient pas à les appliquer. Là, plusieurs possibilités.

Première possibilité : la personne ne s’en rend pas compte et court à l’échec de son apprentissage. Deuxième possibilité : elle s’en rend compte, elle peut chercher des ressources complémentaires pour résoudre ces difficultés, les surmonter, comprendre autrement. Elle peut aussi décider de revenir à la formation commune et se contenter des études quantitatives. C’est la phase de régulation de l’apprentissage.

La régulation des apprentissages, c’est aussi ce qu’on appelle méta cognition. C’est cette pensée sur le fait d’apprendre qui permet de se poser des questions du type :

  • Où en suis-je dans mon apprentissage ?
  • Ai-je besoin de retravailler cette notion ?
  • Serais-je capable de l’expliquer à une autre personne ?
  • Pourrais-je en faire quelque chose concrètement ?
  • Saurais-je refaire ce geste technique sans aide ni exemple ?
  • Que puis-je mettre en place pour gagner encore en maîtrise ?
  • Quel est le bon moment pour que je poursuive cet apprentissage ?
  • Quelles sont les bonnes conditions matérielles et/ ou humaines pour que je parvienne à mes fins ?
  • Etc.

Savoir penser sur sa démarche d’apprentissage, en prendre conscience, le questionner et donc l’ajuster, tout cela fait partie de capacités d’auto formation.

Si je résume à l’extrême, les capacités d’auto formation, c’est savoir se donner un but d’apprentissage, mettre en place des actions pour y parvenir et réguler son apprentissage. Finalement je trouve qu’elles portent bien leur nom !

Que se passent-ils lorsque les capacités d’auto formation ne sont pas développées ?

Malheureusement le système scolaire traditionnel (ou plutôt majoritaire) ne nous apprend pas vraiment à apprendre. Nos capacités d’auto formation sont la plupart du temps en jachère totale, voire encore à l’état de graines.

Face à la plupart des parcours de formation, cela ne pose généralement pas de problème. Tout simplement parce qu’ils sont calqués sur l’enseignement primaire et secondaire. Ainsi les formateurs et formatrices guident fort les apprentissages. Ou plutôt les dirigent.

Mais dans des parcours de formation hybrides ou bien lors de formations animées par les pédagogies actives (que j’explique dans cet article), il y a besoin de plus d’autonomie. Et là sans capacité d’auto formation, c’est compliqué.

D’une part parce que la personne peut avoir du mal à formuler son propre objectif de formation et se retrouver ainsi démunie face à l’ampleur des choix à faire. S’il n’y a pas de but de formation, selon quel cap diriger ses actions d’apprentissage ?

D’autre part parce que pour réaliser des activités d’apprentissage, lorsqu’une formation est animée par les pédagogies actives, il faut bien que la personne entre en action. Là point de passivité possible. Et sil elle ne s’engage que pour faire comme tout le monde ou pour plaire, elle n’apprendra pas réellement. Il faut pouvoir s’engager concrètement, complètement, avec authenticité.

Ensuite parce que s’engager dans une formation fait en partie de temps asynchrones demande une bonne dose de discipline. Quand découvrir les contenus ? Quand faire les travaux proposés ? Combien de temps cela demande ? Quand se connecter avec le groupe en classe virtuelle ? En bref : comment organiser son travail ? Toutes ces questions très matérielles contribuent à l’organisation du parcours pour la personne et à la mise en œuvre de son engagement à apprendre.

Et puis souvent, les contenus e-learning fournissent une base de connaissance. Ils ouvrent des portes vers des chemins à explorer. Il revient à chaque personne en formation de décider de les suivre ou non. De creuser telle ou telle notion par elle-même, en faisant des recherches complémentaires par exemple. Une personne aux capacités d’auto formation en jachère ou en graines cumulerait ainsi des difficultés supplémentaires face au parcours de formation proposé. C’est alors de la responsabilité des formateurs et formatrices de l’aider à développer ces capacités.

Comment développer et activer les capacités d’auto formation ?

Ce développement des capacités d’auto formation se fait par un guidage important. Mais au lieu de centrer ce guidage sur l’apprentissage réalisé, il faut le centrer sur la démarche d’apprentissage. C’est-à-dire qu’on s’intéressera moins au résultat d’une évaluation qu’au processus par lequel la personne s’y est préparée.

Je prends plusieurs exemples précis, issus du champ de l’e-learning, pour bien distinguer les deux choses. Un feedback donné suite à une mauvaise réponse à un quiz apporte une sanction de cette mauvaise réponse. Il explique pourquoi la réponse choisie n’est pas la bonne et corrige l’erreur en expliquant la bonne réponse. On peut aussi formuler le même feedback, sans donner la bonne réponse et en forçant la personne à rejouer la question. Implicitement on lui transmet comme message « accorde plus d’attention à cette question, prend le temps de relire tes notes et tu devrais trouver la bonne réponse ».

Mais on peut aussi imaginer un feedback explicite qui dise : « Ce n’est pas la bonne réponse. Voici pourquoi. Pour trouver la bonne réponse et pouvoir rejouer cette question, vous pouvez vous référer à telle partie du contenu, à tel endroit ».

Et anticiper ce genre de message est encore plus puissant. En amont d’un quiz, vous pouvez transmettre un message du type :

Pour préparer ce quiz, vous avez besoin de maîtriser les contenus découverts à tel et tel endroit. Peut-être est-ce le moment pour vous de les réviser ?

Ce type de message indique à la personne en formation ce qui est attendu d’elle en termes de méthode d’apprentissage pour réussir. Petit à petit cela crée des réflexes chez les personnes qui peuvent reproduire de manière autonome ce type de mécanisme.

Dans le même ordre d’idée, on trouve les indications de temps :

Ce module dure environ 1h30. Nous vous conseillons de le réaliser dans un endroit calme et en trois séances de travail au moins. Votre progression sera enregistrée et visible pour vous.

Également, il y a les messages qui cultivent la curiosité, l’envie d’en savoir plus, comme celui-ci :

Si ce contenu vous a interrogé et que vous souhaitez en savoir plus, nous vous invitons à poursuivre la réflexion en découvrant telle ou telle ressource facultative.

De manière générale, tous les éléments de guidage technique et pédagogique que je décris dans cet article sont une bonne stimulation des capacités d’auto formation.

En conclusion, les formateurs et formatrices ont un rôle clef pour le développement des capacités d’auto formation. Celles-ci sont constitutives de l’autonomie des personnes en formation, en particulier dans des parcours hybrides ou qui font appel à des pédagogies actives. Les personnes qui développent le plus leur capacités d’auto formation déterminent elles-mêmes leurs buts de formation, dirigent et régulent leur démarche d’apprentissage.

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