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Une histoire d’ingénierie pédagogique hybride – partie 3

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Image utilisée pour la conception du module d'e learning d'un angle jaune sur fond bleu au coeur duquel est écrit : "module 2 mettre en lumière les angles morts"

Les mois précédents je vous ai raconté l’ingénierie pédagogique d’un projet de formation hybride inédite. J’ai décrit l’étape du cahier des charges, celle de l’analyse du besoin de formation, celle de la formulation des objectifs et celle de la scénarisation.  Je vous ai parlé du sujet de la formation, la mort, et de son public cible, les professionnel·le·s d’EHPAD.

Il est temps de vous décrire comment tout cela s’est réalisé. Et il vous manque encore une partie essentielle : le module de formation distanciel et asynchrone.

Une formation hybride

Oui car depuis le début je vous annonce qu’il s’agit d’une formation hybride, mais je ne vous ai pas vraiment encore expliqué pourquoi ! Au départ cela pouvait ressembler à une lubie de mon client, sur le mode « j’ai bien envie d’essayer ». Bon. Vous ne trouvez pas cela très convaincant ?

Ça tombe bien : cela me donne l’occasion de vous en dire tellement plus !

ATAWADAC, le mantra des formations hybrides

Pour notre public cible, les professionnel·le·s d’EHPAD, le temps est précieux. Cela bouscule les plannings de toute l’équipe lorsque quelqu’un·e part en formation. Dans notre contexte expérimental, le délai entre l’inscription et la réalisation de la formation était trop court. Cela laissait peu de temps d’adaptation. Nous souhaitions donc mobiliser les équipes seulement pour deux demi-journées. Le volume de la formation allait certainement dépasser cela. Un premier argument pour une partie en e learning.

Pour autant il est nécessaire de considérer que l’e learning est un temps de formation à part entière. J’espère donc sincèrement que les professionnel·le·s qui ont participé à l’expérimentation ont pu suivre le module sur leur temps de travail. Je dois reconnaître que nous n’avons pas particulièrement veillé à cela, je le réalise en écrivant ces lignes.

L’avantage c’est que ce temps de travail peut être réalisé dans l’environnement qui est le plus propice à l’apprentissage, avec le matériel de l’apprenant·e. C’est le sens du fameux acronyme ATAWADAC, cher au secteur de l’e learning (any time, anywhere, any device, any content : n’importe quand, n’importe où, quel que soit le matériel, quel que soit le contenu).

Hybrider pour favoriser la concentration

J’ai déjà eu l’occasion de détailler à quelles occasions il me semble que l’e learning peut avoir une vraie valeur en formation. Il vaut mieux consacrer le temps présentiel aux interactions, à ce que les collectifs vont apporter en plus. Ainsi basculer en e learning les parties de la formation qui demandent une concentration plus solitaire est valable.

Sur cette formation, toute la partie sur les acteur·rice·s du funéraire et les possibilités en matière d’obsèques relevait de la prise d’informations, de la mémorisation de celles-ci et de leur appropriation par les professionnel·le·s. Ces processus d’apprentissage (connaître et comprendre en vue d’une forme d’application, en termes de discours) demandent un fort niveau de concentration, plutôt individuel dans un premier temps. Dans un second temps, il est important de reformuler à son tour, de s’entraîner à décrire tout ce que l’on a compris pour l’expliquer à un tiers et cela ne peut se faire qu’en collectif.

Mais toute la première étape gagne à être réalisée seul·e, avec toute son attention. Un second argument pour une partie de la formation e learning.

La scénarisation complète de la formation

Comme je vous le disais le mois dernier, j’ai donc organisé les différents contenus de la formation avec le plus de sens possible.

Concrètement, j’ai fonctionné du plus aisé vers le plus engageant quant au sujet d’une part. Car certes des attentes avaient clairement été exprimées. Pour autant il n’est pas facile de soudain se mettre à parler de la mort, des décès, des obsèques ! Autant y aller étape par étape.

D’autre part, j’ai mis les activités collectives au cœur des deux demi-journées présentielles. J’ai donc imaginé un module d’e learning en intersession qui permette d’aborder les contenus liés aux deux objectifs :

  • décrire les actes des acteur·rice·s du funéraire à un tiers ;
  • décrire les possibilités offertes aux familles pour les cérémonies funéraires.

Concrètement voici comment se dessinait cette formation :

Déroulement de la formation : 1° présentiel synchrone = apports d'expert sur le deuil, temps de partage d'expériences, modélisation ; 2° e learning = témoignages, fiches récap, quiz ; 3° présentiel synchrone = réactivation, récit, séeance didéation, récit, séance d'idéation, conclusion.

Les trois grandes thématiques sont repérées par couleur. Les trois blocs verticaux représentent les trois étapes de la formation : une première demi-journée en présentiel synchrone, le module distanciel asynchrone et la deuxième demi-journée en présentiel synchrone.

La conception et le développement du module d’e learning

Une fois validée toute cette ingénierie pédagogique par le client, il me revenait de concevoir et de réaliser le module d’e learning.

L’outil auteur était fourni par le client. La première étape pour moi fut donc de faire le point sur ses potentialités pour mieux cerner ce qui techniquement était possible.

La création des contenus

Ensuite j’ai réalisé les capsules vidéo. Les membres de l’équipe de la Coopérative Funéraire de Rennes ont admirablement joué le jeu ! J’ai filmé les entretiens. Je les ai ensuite montés pour correspondre aux différentes questions à traiter. J’étais guidée en cela par l’analyse des besoins de formation réalisée suite aux questionnaires : on en revient toujours à cette base !

Pour être le plus raccord possible avec le mantra de l’ATAWADAC, nous avons à ce moment là choisi de proposer systématiquement une vidéo et un audio afin que les apprenant·e·s aient le choix. J’ai donc basculé tous les montages au format audio.

La graphiste de la coopérative, Marine Frugès s’est saisie de tous ces contenus, de l’esprit général de toute cette aventure et des caractéristiques techniques de l’outil auteur pour travailler à l’habillage du module, ces vidéos et audios compris. L’image en tête de cet article est l’exemple parfait de ce que nous cherchions à faire : éclairer l’angle mort des décès en établissement pour les professionnel·le·s d’EHPAD.

Tandis qu’elle proposait des illustrations pour les différentes parties du module, j’ai formulé et paramétré les questions qui allaient émailler le module pour que les professionnel·le·s manipulent le plus possible les informations et donc les retiennent mieux.

Le guidage technique et pédagogique

J’ai terminé tout ce travail par la formulation de l’introduction générale et des introductions de chapitres. Ce sont des passages importants qui permettent aux apprenant·e·s de comprendre le fonctionnement du module, de s’y repérer. En terme de guidage technique et pédagogique, c’est essentiel.

J’ai par exemple écrit : « Ce module est fait pour que vous le suiviez à votre rythme, selon vos disponibilités, dans l’intersession. Il dure environ 1 heure 30. Vous pouvez vous interrompre : à votre prochaine connexion le module reprendra là où vous vous êtes arrêté·e. »

J’ai également veillé à ce que l’adressage soit uniforme dans tout le module. Tout du long les apprenant·e·s sont interpellé·e·s directement : « nous » nous adressons à eux·elles par des « vous ».

Enfin Marine a mis en forme les fiches récapitulatives. Elles sont magnifiques ! Elles peuvent être consultées mais également téléchargées par les apprenant·e·s. Il s’agit à la fois un récapitulatif de toutes les informations importantes et de véritables aides mémoire à emporter !

En conclusion du module, j’ai ajouté quelques questions pour permettre à chaque apprenant·e un bilan complet du module et, pour nous, quelques commentaires. Ceux-ci m’ont permis de mesurer pendant la formation que le module avait atteint ses objectifs.

Après l’ingénierie ? Le déroulement de la formation !

Emballée par ce projet (ah ? vous n’aviez pas remarqué ? Il est temps d’avouer ! J’ai tellement aimé contribuer à ce projet !), je ne me suis pas arrêtée là ! J’ai eu la chance d’assister aux demi-journées présentielles !

En direct, j’ai donc pu vérifier que toute cette expérimentation était en phase avec les besoins des apprenantes présentes (oui, que des femmes).

J’ai pris des tonnes de notes ! D’abord parce que les témoignages des personnes qui intervenaient étaient très enrichissants (vous en avez peut-être vu passer quelque chose). Ensuite parce que j’ai pu saisir des points qui mériteraient d’être approfondis. Soit par plus de temps en présentiel. Soit par des complément au module d’e learning.

Aussi j’ai eu la chance de prendre en notes graphiques la modélisation de la première demi-journée !

Surtout au début de la seconde demi-journée, j’ai été particulièrement attentive au temps de réactivation de ce fameux module. Est-ce que ce choix était gagnant ? Les apprenantes avaient-elles… appris quelque chose ? Qui pouvait les aider dans leurs pratiques professionnelles ?

Et bien oui ! Des choses les ont étonnées, intéressées, nourries. L’une d’elle a dit :

« Je me suis sentie tellement plus à l’aise pour en parler avec une famille d’un résident depuis ! »

Ça, c’est un objectif atteint !

Il n’y a plus qu’à espérer qu’il y ait des traces de cette formation lorsque nous en réaliserons l’évaluation à froid dans quelques mois. Il n’y a plus qu’à faire en sorte que cette expérimentation puisse être reproduite, à d’autres groupes et pourquoi pas ? à d’autres métiers…

Si vous aussi, vous avez une idée folle de formation inédite, n’hésitez pas à me contacter pour en discuter !

Et si vous souhaiter lire les deux articles qui précèdent celui-ci, c’est par ici : partie 1 et partie 2.